L’évolution de l’écriture durassienne, une écriture en errance (1)

« Le roman n’est plus l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture. » (Jean Ricardou, 1971)

Après une brève remise en contexte de l’époque où s’inscrit l’œuvre de Marguerite Duras, nous allons observer l’évolution de son style d’écriture du point de vue du langage, des thématiques et de la technique narrative, tout en ayant sélectionné quelques-uns de ses romans les plus significatifs et en opérant un lien avec ses diverses influences littéraires. L’écriture durassienne est-elle seulement l’illustration du Nouveau Roman ou a-t-elle subi d’autres influences ?

L’écriture du Nouveau Roman

Le Nouveau Roman n’est pas un courant précisément défini, avec des codes bien établis mais plutôt un mouvement littéraire qui regroupe plusieurs écrivains ayant comme point commun leur opposition par rapport aux conventions littéraires précédentes, en abolissant l’idée d’une littérature exigeante. Chaque époque a sa querelle entre Anciens et Modernes mais cette fois, on observe une véritable innovation formelle, avec une volonté de destruction de l’organisation du récit, une rupture face aux règles dites « classiques ».

Les points de repères deviennent flous. Les lieux et la temporalité du Nouveau Roman ne sont plus réalistes, l’intrigue n’est plus consistante, les personnages n’ont plus une identité stable et le lecteur égaré est toujours dans le doute, vu qu’il n’y a plus de narrateur omniscient. Parfois, le narrateur peut changer au fur et à mesure du récit, ce qui peut mener à l’ambiguïté. Nous avons l’expérimentation d’un autre type d’écriture. L’écrivain se lance dans une véritable recherche romanesque et expose au lecteur les mécanismes de l’écriture littéraire. En tout cas, cela reste une expérience sur le roman. Tous ces aspects sont évidemment à mettre en rapport avec le contexte de l’époque, où régnait une crise du sujet et de la représentation.

L’œuvre durassienne, reflet de son temps ?

M. Duras est tout à fait contemporaine du Nouveau Roman et elle y est souvent associée. Son œuvre illustre beaucoup de traits de ce courant, notamment :

  • L’écriture non linéaire et polysémique, avec une prédilection pour les contrastes, sans causalité ;
  • L’anéantissement de l’identité du personnage ;
  • Beaucoup de métaphores sémantiquement riches mais qui impliquent parfois un manque de cohérence dans le récit ;
  • La tâche du lecteur à combler les lacunes car tout n’est pas dit ;
  • Une multiplicité des points de vue avec une tendance à raconter les mêmes évènements afin d’enrenouveler le sens.
  • Des silences, avec des blancs typographiques. M. Duras a une certaine prédilection pour un art qui cherche à faire parler les silences. Elle supprime des détails ou des passages superflus pour laisser place à un texte aéré, qui ne dit que l’essentiel et volontairement élusif (d’où son côté énigmatique). Typologiquement, elle a une préférence pour les paragraphes d’une seule phrase courte.
  • Une importance accordée à l’image.

Cependant, M. Duras a toujours gardé ses distances par rapport à ce mouvement. Même si son écriture est fortement marquée par ce courant, on observe progressivement un style unique, avec la déconstruction volontaire des phrases, des personnages, de l’action et du temps. Ses thèmes comme l’amour, l’oubli ou l’attente prennent une teinte particulière qui reflètent l’originalité de son écriture. Elle est une adepte de l’abandon aux émotions et cela se voit à travers son écriture qui avance sans obstacle… une écriture en errance.

Les thématiques durassiennes

Si l’œuvre de Duras ne semble à première vue qu’une simple illustration de l’amour, d’autres thématiques sont exprimées, comme l’oubli, l’attente, la souffrance, l’errance et même l’enfance. Le guignon, la misère, la solitude, l’ennui et la révolte contre l’ennui sont surtout illustrées dans Un barrage contre le Pacifique, le roman qui a propulsé M. Duras sur la scène littéraire. De nombreux territoires ont été conquis par l’œuvre durassienne comme celui poétique, symbolique, psychanalytique, sociologique et même politique.

L’évolution de l’écriture durassienne, une écriture en errance (2)
L’évolution de l’écriture durassienne, une écriture en errance (3)

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