Geneviève Damas: Biographie et vision de la littérature

Après avoir fait des études de droit, Geneviève Damas suit une formation de comédienne à l’IAD-Théâtre et à la Central School of Speech and Drama, à Londres. Depuis, elle ne quitte plus le monde du théâtre. Si elle écrit, c’est par amour envers la littérature et le théâtre. Elle doit aussi cet amour aux films de Jacques Tati et de Charlie Chaplin, qui l’ont fascinée dès l’enfance.

Une des particularités de sa carrière est le fait qu’elle joue souvent dans ses propres pièces de théâtre. D’ailleurs, dans ses célèbres monologues Molly à vélo (2004) et Molly au château (2006), elle interprète elle-même le rôle de la protagoniste, personnage qui a séduit beaucoup de spectateurs belges, français et même suisses.

L’œuvre de G. Damas a été récompensée plusieurs fois. Elle a notamment emporté le Prix du Théâtre – Meilleur Auteur 2004 et le Coup de cœur des lycéens de Loire-Atlantique 2006 pour son texte Molly à vélo ainsi que le Prix Littéraire du Parlement de la Communauté française 2010 pour sa pièce STIB. De plus, son premier roman Si tu passes la rivière, paru en 2011, a remporté le prix Victor Rossel la même année.

G. Damas est également la fondatrice de la compagnie Albertine, en 1998, qui « s’est attachée à promouvoir l’écriture contemporaine que ce soit par des spectacles, des lectures ou des ateliers »[1]. Elle anime souvent des ateliers d’écriture, adressés à tous les âges. Depuis 1999, elle anime aussi des soirées littéraires et musicales au Passa-Porta, afin de faire découvrir les œuvres d’écrivains contemporains.

Vision de la littérature

Lors de notre entretien avec G. Damas, nous avons aussi discuté de sa vision de la littérature et du rôle qu’elle doit occuper aujourd’hui.

Selon elle, la littérature doit rendre compte des multiples états du monde et de tout ce que l’on ne voit pas. L’auteur doit donner à voir et donner une voix. Dans la littérature, il y a toujours un côté très humain, fragile, douloureux et vivant à découvrir. En affirmant que « toutes les vies se valent », elle choisit ainsi de donner une voix à ceux qu’on ne voit pas, à des personnages défavorisés par la vie.

Ensuite, la discussion dévie progressivement vers le milieu littéraire, qui « n’est pas simple », dit-elle. G. Damas vient du monde du théâtre où la littérature n’est pas aussi prétentieuse que l’on pourrait le croire. En arrivant dans le monde littéraire, elle a eu l’occasion de rencontrer d’autres types de gens, qu’ils soient mondains ou non. Elle trouve qu’il s’agit « vraiment d’un tout autre monde », auquel elle n’est pas habituée mais c’est toujours amusant d’observer le métier des autres, en apprenant de nouvelles choses.

En partant du théâtre, elle adopte donc une écriture plus orale. Même si la littérature du 20e siècle se devait d’être une littérature édifiante, elle a l’impression que la littérature doit avoir pour but de rendre compte de la vie quotidienne car la littérature représente notre rapport au monde. C’est pourquoi elle a envie de rendre compte de gens qui se taisent et dont on ne parle pas. Elle a envie d’amener au plateau les personnages futiles. C’est en cela que réside aussi la difficulté de trouver les mots justes qui permettent de rendre compte de certains aspects de la vie plus délicats.

Pour G. Damas, la littérature est la tension entre l’explicite et l’implicite. Si un texte est trop explicite, ce n’est pas intéressant. Au théâtre, si l’on donne trop au spectateur, celui-ci va simplement acquiescer et n’aura pas l’occasion de faire preuve d’une réflexion personnelle (ce qui est tout de même un des buts du théâtre). Mais, si l’on ouvre à la possibilité de s’imaginer, il participe intelligemment. Le but est d’avoir des gens éveillés, comblant sans cesse les lacunes provoquées par les ellipses, avec toutefois le risque d’avoir certains spectateurs qui pourraient passer à côté de certaines subtilités. En tout cas, G. Damas ne veut jamais laisser ses lecteurs passifs. Pour elle, « il y un côté policier dans la littérature, chacun est un Maigret potentiel ».

Vision de l’écriture

Le genre littéraire que G. Damas apprécie le moins est l’autofiction. Si la vie réelle contamine son écriture, comme c’est le cas pour tout écrivain, elle ne choisit jamais d’écrire explicitement sur tel ou tel aspect de sa vie personnelle. Si des personnages de la vie réelle (que ce soit des proches ou des gens qu’elle a simplement croisés) inspirent son écriture, c’est le plus souvent à son insu. Elle ne va jamais partir d’un élément précis et décider d’écrire là-dessus. C’est seulement après avoir écrit qu’elle se rend compte que telle personne ou tel événement a peut-être influencé tel ou tel aspect.

Elle précise également qu’elle écrit majoritairement sans plan préétabli. Mais, pour des œuvres comme Paix Nationale, De l’autre côté de la haie et Poussière de toiles, elle a tout de même esquissé un squelette avant que sa créativité remplisse le reste au fur et à mesure.

Style d’écriture

Le style d’écriture de G. Damas reflète essentiellement le langage oral. Elle prend comme contre-exemple l’écrivain Jacqueline Harpman (qu’elle admire beaucoup, cela dit) dont le style est très élaboré, avec beaucoup de subjonctifs, plus-que-parfaits etc.

Comme G. Damas vient du milieu théâtral, son écriture est très vivante et empathique. C’est pour cela aussi que son écriture reflète une musicalité de la langue, très présente au théâtre, ce qui rend l’écriture plus poétique. Le théâtre doit illustrer une richesse de la langue et du style. C’est à merveille que G. Damas réussit à respecter cette richesse dans ses œuvres condensées qui ne sont pas moins remplies d’intrigues et d’émotions fortes.

Le style d’écriture de G. Damas reflète beaucoup la parole orale quotidienne. Elle a l’air d’écrire à l’aveugle, spontanément, en faisant simplement la transcription du langage oral. Mais lorsque nous observons son écriture de plus près, nous remarquons bien que son style n’est pas moins valeureux. En empruntant cette parole orale, elle a effectivement la possibilité d’écrire une langue destructurée, mais en faisant attention que le récit soit structuré et lisible.

Influences littéraires

Parmi ses influences littéraires, G. Damas reconnaît clairement l’influence de l’auteur Romain Gary et cite son roman La promesse de l’aube comme une de ses lectures préférées. Le roman La vie devant soi du même auteur aura une influence primordiale sur son roman Si tu passes la rivière, avec l’importance de la langue orale.

G. Damas aime bien un travail sur la longueur de la phrase et ne s’imagine pas écrire en mettant un point tous les trois mots. C’est en cela qu’elle se rapproche de Marcel Proust, dont elle est une fervente adepte.

Une autre influence citée est celle de Paul Auster. Lors de la rencontre, nous avons expliqué à G. Damas que son roman nous a ému par sa simplicité apparente, derrière laquelle se cache un message à plusieurs niveaux, allant du plus simple au plus haut. Ceci nous a fait penser au roman Tombouctou de Paul Auster, qu’elle nous a fait découvrir dans le cadre de l’atelier d’écriture.

[1] Le site de la compagnie Albertine, http://www.albertine.be/

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