Geneviève Damas: Œuvre littéraire

L’univers

L’univers de Geneviève Damas est à la fois réaliste et poétique et englobe des personnages « proches, humains, touchants, à la fois blessés et drôles »[1].

G. Damas présente des émotions que tout un chacun pourrait éprouver et arrive à exprimer ses valeurs d’une façon telle que ses œuvres acquièrent une valeur universelle. En ayant en vue l’œuvre de Paul Auster, nous pourrons aussi observer que l’œuvre de G. Damas reflète des idées et réflexions profondes derrière une simplicité stylistique apparente. Les thématiques choisies sont toujours liées à un certain côté humain et émouvant.

La thématique transversale de son œuvre est celle de la résilience. La vie n’a pas gâté ses personnages, caractérisés par cette résistance face aux aléas de la vie. Ils ne font pas partie des gagnants et n’ont pas beaucoup de cartes en main mais ils les utilisent de leur mieux. Avec peu de choses, ils arrivent à faire de leur vie une aventure mémorable, surtout parce qu’ils ne laissent pas les difficultés de la vie arracher leurs rêves.

Un aspect important au théâtre est qu’un personnage ne doit jamais être le même au début et à la fin de la pièce. Effectivement, nous observons toujours une évolution des personnages dans le théâtre de G. Damas. Nous allons voir qu’elle a gardé cette idée pour son roman Si tu passes la rivière.

Pour quelques-unes de ses œuvres, G. Damas préfère ancrer leurs intrigues dans des décors lointains, non familiers. Elle trouve que c’est peut-être à cause de cette inquiétude par rapport à la question délicate du biographique. Elle explique que le fait d’avoir une grande famille comme premier public la confronte souvent à des interprétations de type biographique. C’est ainsi qu’elle va vouloir s’éloigner le plus possible des cadres familiers. D’une certaine manière inconsciente, elle choisit un cadre lointain : « Au plus loin qu’on va de soi, on ne s’inquiète plus du biographique ». Les personnages et les décors de G. Damas ne lui sont pas proches mais les émotions peuvent l’être. Elle place ses histoires dans un certain décor mais dans un souci d’universalité, elle laisse aussi la possibilité à l’intrigue de pouvoir se dérouler dans n’importe quel type d’espace.

Les œuvres

À présent, nous allons présenter quelques-unes des œuvres de G. Damas, en présentant une brève intrigue et en expliquant les thématiques et les influences littéraires qu’on y retrouve.

1. La fée au cerf-volant

G. Damas a fait son entrée dans le monde dramaturgique avec La fée au cerf-volant, une pièce de théâtre adressée aux enfants. En commençant par l’écriture pour enfants, cela lui a donné beaucoup de liberté. Il est intéressant de voir comment ses pièces pour enfants peuvent autant impressionner les adultes. En lisant ou en regardant La fée au cerf-volant, un adulte pourrait très bien se mettre dans la peau du protagoniste, Jonathan, et se rappeler les peurs qu’il éprouvait étant enfant.

Jonathan fête ses sept ans mais il affirme qu’il ne veut pas grandir. Après la séparation de ses parents, il vit seul avec sa mère et son grand-père lui rend visite parfois pour lui raconter des histoires. Son nouveau meilleur ami, Zigotto, un jeune cocker le comprend mieux que personne dans sa souffrance. Jonathan se pose beaucoup de questions et pense sans cesse à son père et à sa grand-mère, partie faire un long voyage, dont elle ne reviendra pas. Il pose beaucoup de questions mais personne ne lui répond car le passé est trop douloureux. Alors, sa solution semble être redevenir petit, revenir au temps où toute la famille était heureuse et au complet. Il va se lancer dans une quête et rendra visite à un magicien d’Ostende, à qui il veut demander de faire revenir son père et sa grand-mère. Mais cette rencontre s’avère être décevante, le magicien lui répond que « Ce ne sont que des trucs. Il n’y a rien de magique du tout. C’est de « l’illusion » comme il dit »[2]. La fée au cerf-volant représente la mère de Jonathan, qui l’écoute la tristesse de son fils dans la nuit d’Ostende et qui lui offre le cerf-volant qu’elle a reçu quand elle avait son âge. Ainsi, nous retrouvons la symbolique du cerf-volant qui renvoie à l’image d’élévation vers le ciel grâce au vent de la vie qui nous emporte, sans qu’on puisse l’empêcher.

Ce récit est tout aussi touchant pour les enfants que pour les adultes. Il fait rappeler à l’enfant qui est en nous la même réalité à laquelle nous nous sommes confrontés un jour : nous finissons tous par grandir et « l’âge qu’on a, c’est celui qui passe, jour après jour. Personne ne peut l’arrêter »[3].

La fée au cerf-volant n’est pas le seul texte que G. Damas a écrit pour les enfants. Elle a également écrit L’épouvantable petite princesse (2006), Jules et Zou (2007) et De l’autre côté de la haie (2008).

2. Molly à vélo (2004)

Molly à vélo et Molly au château sont les deux pièces qui ont contribué à faire connaître G. Damas. Ce sont deux monologues écrits et interprétés par elle-même, ce qui lui a valu un très beau succès.

Molly à vélo raconte l’histoire de Marie-Odile Savard (surnommée Molly), une jeune fille de quinze ans qui veut échapper au destin tracé par son père, vendeur au supermarché de Carrefour, qui lui impose de s’inscrire pour le BEP (brévet élémentaire professionnel) en vente. Molly veut quelque chose de plus grand dans la vie : elle veut voyager, se lancer des défis etc. En tout cas, elle veut échapper à son village natal et à la routine. Sa solution est le cyclisme qui lui permettra de participer à la sélection régionale, avec l’espoir d’une sélection nationale. Son amitié avec Martine (surnommée Titine) lui permet d’aller à la poursuite de ses rêves, en ne baissant jamais les bras. En apprenant que Martine souffre d’une tumeur au cerveau qui la contraint de rester au lit, elle promet de lui apporter ses notes de cours pour qu’elle puisse passer son Bac en français. En se liant d’amitié avec M’sieur Jean, elle prend de plus en plus goût à la littérature et découvre notamment Marcel Proust, auteur auquel elle va beaucoup s’attacher. D’ailleurs, on observe une certaine mise en abîme : à un moment donné, Molly va citer un passage du tome À l’ombre des jeunes filles en fleur de M. Proust et va expliquer à Martine :

En gros, La recherche du temps perdu […] ça raconte que c’est important de se souvenir […] et qu’avec le souvenir, il n’y a jamais rien qui est perdu.Le héros, à la fin de l’histoire, il bute sur un pavé et ça le fait se rappeler des plus beaux moments de sa vie ; et même s’il crève de mal au pied, ça le rend heureux.[4]

Ce passage est à mettre en rapport avec la volonté de G. Damas de mettre en scène la résilience de ses personnages que la vie n’a pas gâtés, qui vont buter sur un pavé mais vont se dire que cela peut être bien pire et continuent à avancer, en se rappelant les beaux moments de leur vie. Ainsi, après la mort de Martine et après avoir passé le Bac, Molly va remonter à vélo et se rappeler tous les moments heureux, en passant par toutes les émotions ressenties. Là, nous retrouvons bien sûr l’allusion à M. Proust et l’épisode de la madeleine dans Du côté de chez Swann.

Du point de vue du langage, on observe un véritable calque sur le langage oral. Nous avons par exemple des phrases comme « La mère de Molly, c’est quèque chose »[5] ou « On mise tout sur not’Richard »[6].

Comme expliqué plus haut, les personnages au théâtre ne sont pas les mêmes au début et à la fin. Nous voyons l’évolution de Molly : au début, elle voulait être seulement une cyclowoman mais à la fin, elle rêve d’ouvrir une bibliothèque qui se promène dans les villages, un bibliobus, « pour parler vers les gens, leur offrir des histoires dans leur vies, qu’ils se raccrochent à quelque chose et qu’ils voyagent dans leur tête »[7].

3. Molly au château (2006)

Molly au château raconte la suite des aventures de Molly, toujours dans la forme d’un monologue. Lors de ses vacances à New York, Molly reçoit un coup de fil de son entraîneur lui annonçant qu’elle a été contrôlée « positive », lors d’une analyse de tests. Son monde s’écroule autour d’elle et décide de tout plaquer. Elle trouve un emploi de demoiselle de compagnie auprès d’une veuve aristocrate âgée, Madame de Chaverney. Celle-ci va lui rappeler l’importance de son caractère fort et pourquoi elle doit affirmer sa position, en réclamant à son entraîneur qu’elle n’est pas dopée. Elle réussit à se réintégrer dans l’équipe de cyclisme et retrouve son ennemie jurée, Laure, avec qui elle va se réconcilier après une épreuve qui met la vie de Molly en danger. La fin reste ouverte : c’est au lecteur de s’imaginer la suite.

Étude de deux œuvres : “STIB” et “Si tu passes la rivière”

Nous avons choisi d’étudier et de comparer ces deux œuvres portant la même thématique, mais présentées sous deux formes différentes, l’une étant une pièce de théâtre et l’autre étant un roman. Nous retrouvons l’évolution de deux personnages illettrés et nous allons voir le changement de leur rapport au monde.

Pour l’analyse de ces deux œuvres, nous allons nous baser sur notre lecture personnelle, nos impressions et les questions posées à G. Damas, tout en portant un regard critique. Cette analyse sera ancrée dans une perspective comparative.

Une pièce de théâtre doit avoir une intrigue aussi consistante qu’un roman mais il ne faut pas oublier que le théâtre est un milieu très contraignant. Certes, le visuel joue énormément : nous avons les corps des comédiens, la scénographie, les costumes etc. Mais, si un dramaturge désire la mise en scène de son texte, il doit se rappeler qu’il ne peut pas ancrer une vingtaine de personnages dans une cinquantaine de décors puisque ce n’est pas du tout faisable sur scène, dans un temps limité. Tandis qu’avec un roman, l’écrivain a une liberté totale car il permet une grande multiplicité, sans inquiétude face aux conditions de réalisation, de mise en scène. L’auteur peut faire parler autant de personnages qu’il veut et les faire voyager partout dans le monde. Alors, à ce moment-là, la langue intervient pour jouer un rôle important. Pour son roman Si tu passes la rivière, G. Damas s’était demandé comment elle allait pouvoir montrer, à travers la langue, l’état de friche, l’état de page blanche de François.

Nous allons donc comparer la structure et la technique narrative de chacune de ces deux œuvres, ainsi que l’évolution des personnages. De plus, nous allons rappeler si G. Damas reprend certaines influences évoquées plus haut.

La thématique de l’analphabétisme

Dans ces deux œuvres, G. Damas reconnaît une influence au niveau des thématiques, liée à une expérience personnelle. Elle anime souvent des ateliers d’écriture dans des écoles précarisées. Elle prend comme exemple un atelier d’écriture qu’elle a animé dans la région des mines du Borinage (près de la ville de Mons), où elle a eu l’occasion de rencontrer et de guider des personnes illettrées. D’ailleurs, elle rappelle qu’une personne sur dix en Belgique a des difficultés à lire et écrire. Lors de ces ateliers, elle sentait que tous les autres éprouvaient une sympathie envers elle, mais il y avait quand même une sorte de honte qui pesait par rapport au fait de ne pas savoir lire et écrire. Cette expérience l’a beaucoup marquée parce qu’elle ne comprenait pas pourquoi l’atelier ne progressait pas. Elle sentait une véritable gêne, un obstacle.

Ainsi, dans STIB, nous retrouvons cette honte mais aussi l’image négative que l’on a de soi-même. Dans Si tu passes la rivière, on y voit le moment de l’apprentissage du protagoniste vivant dans un monde restreint. On observe son désir d’apprendre à lire et découvrir un nouveau monde, celui de la culture. Si G. Damas choisit d’évoquer le problème de l’analphétisme dans ces deux œuvres, elle souligne bien que ce n’est pas quelque chose d’ancré dans une époque précise (d’où, à nouveau, l’aspect d’universalité de son œuvre).

STIB (Suite de Trajets Infrahumains Balisés) (2009)

1. Intrigue

Dans STIB, nous assistons à la rencontre de deux femmes dans le tramway, venant de milieux opposés et qui vont avoir une influence l’une sur l’autre. Eva vient d’un milieu assez bourgeois mais elle choisit d’emprunter une voie artistique qui lui donne plus de liberté. Elle vit de petits boulots, tout en écrivant sans être publiée et en étant confrontée à une vie amoureuse tumultueuse. Magda, quant à elle, vient d’un milieu plus modeste et est chargée de l’entretien à la Poste. Par la suite, nous apprenons qu’elle est illettrée. Ces deux femmes ne semblent donc pas convenir au modèle préconçu d’une société qui nous pousse à avancer et à avoir une carrière brillante La rencontre de ces deux femmes va confronter certains préjugés sur deux milieux très différents mais à la fin, elles se rendent compte qu’elles vivent toutes les deux dans la même solitude. C’est en faisant un bout de chemin avec l’autre que l’on se rend compte que nos vies ne sont pas aussi différentes qu’on le croit.

2. Structure et technique narrative

Comme nous l’avons dit plus haut, le théâtre impose certaines contraintes au niveau des conditions de mise en scène. On doit donc se limiter à un certain cadre et une certaine durée et on ne peut pas tout évoquer dans une pièce. Un des aspects les plus importants au théâtre sont les ellipses. Nous devons donner à voir sur scène mais également laisser exprès certaines choses floues. Dans STIB, nous ne voyons pas l’évolution de Magda qui, pourtant, affirme à la fin de la pièce qu’elle a pris des cours pour apprendre à lire.

3. L’évolution du personnage de Magda

Rappelons qu’une des règles en or au théâtre est de montrer l’évolution des personnages. C’est pour cela que les personnages de G. Damas ne sont jamais les mêmes au début et à la fin de la pièce. Leur point commun est le fait de ne pas spécialement être des gagnants mais ils font tout leur possible avec ce que la vie leur a donné.

Nous ne voyons pas l’évolution de Magda dans la pièce, même si l’on évoque qu’elle a pris des cours. On ne suit pas une évolution par étapes mais le lecteur (ou le spectateur) peut observer que sa façon de concevoir le monde a changé, notamment grâce à Eva, qui l’a poussée à renouer avec la lecture et plus globalement, la culture.

Si tu passes la rivière (2011)

1. Intrigue

Si tu passes la rivière est l’histoire émouvante d’un jeune garçon de campagne qui grandit, qui se pose des questions et qui découvre que la vie est au-delà de la rivière. Mais comment y accéder ?

Initialement, François ressent deux manques : le décès de sa mère quand il était très petit et l’absence des mots. Il est sans voix, il n’arrive pas à s’exprimer. C’est un personnage assez passif, sans malice, qui voit la vie telle qu’elle est, sans la remettre en question.

Lors de la lecture, nous pensions que François était un enfant. Nous avions l’impression d’être face à un conte de fées, avec la vie du personnage d’abord ancrée dans le milieu rural, avec un contact avec la nature et les animaux. Plus tard, nous apprenons que François a dix-sept ans et c’est en révélant son âge que le lecteur réalise que quelque chose n’est pas à sa place. G. Damas affirme que cela l’amuse de faire croire à ses lecteurs que c’est un enfant qui parle. Elle veut montrer à quel point François était loin, combien il y avait un écart entre lui et le monde. Là, elle évoque également l’influence du personnage de Mowgly du Livre de la jungle de Kipling. Elle s’inspire du mythe de l’enfant sauvage, en contact avec la nature et qui a pour amis les animaux.

François est à l’écart du monde mais il ressent le besoin d’être entouré par les autres. En craignant la solitude, il tente d’entrer en contact avec les autres, en se faisant tout petit. Les relations qu’il va entretenir avec les gens du village vont lui servir de socle sur lequel il va pouvoir se construire.

Par la suite, G. Damas va décrire un véritable parcours initiatique. François va se lancer dans une quête identitaire allant de pair avec une quête de vérité. Il se pose beaucoup de questions sur sa mère et sur ce qu’il y a au-delà de la rivière, mais ces deux sujets sont tout simplement un tabou. Le père interdit à François de traverser la rivière car « de l’autre côté de la rivière, on change […] La vie vous entraîne et l’on ne revient jamais plus pareil »[8]. François se rend compte que la clé pour sortir de cette ignorance est d’apprendre à lire pour trouver ses mots et pouvoir s’exprimer. Le curé du village, Roger va l’accompagner dans sa démarche, en l’encourageant à poursuivre sa quête. C’est grâce aux mots que François va regagner confiance en lui et que sa perception du monde changera progressivement. Il acquiert un esprit critique qui va lui permettre d’accéder à sa vérité.

2. Structure et technique narrative

Dans Si tu passes la rivière, le lecteur découvre que les contours de la structure du récit s’accentuent au fur et à mesure de l’histoire, où l’on observe l’évolution du protagoniste qui apprend à lire et son désir de se cultiver.

Pour G. Damas, la question de départ était de savoir si elle allait utiliser une écriture parlée ou pas. Elle reconnaît une influence importante par rapport au fait d’écrire « comme ça », déjà mentionnée lors de l’atelier d’écriture. Elle évoque son admiration pour Romain Gary. Son roman La vie devant soi serait, pour elle, « un vrai modèle de parole libre et orale ». Le langage qu’elle a emprunté est un langage familier, quotidien, avec une insouciance de la part des personnages quant à leur manière de s’exprimer. Bien sûr, nous retrouvons une différence au niveau de la thématique : le roman de R. Gary thématise un aspect politique. Étant un juif qui écrit l’histoire d’une juive qui recueille un musulman était révolutionnaire à cette époque-là. Mais, ici, le roman de G. Damas ne reprend pas du tout la même thématique.

Du point de vue du décor, G. Damas avait, au début, tracé un cadre très précis. Puis, elle a abandonné cet aspect, elle n’avait pas envie de faire une recherche très poussée. Elle ne voulait situer l’intrigue ni dans un espace ni dans une époque précise. On nous donne cette impression de campagne ancestrale où le temps semble faire du surplace mais où il s’accentue quand François commence à découvrir le monde littéraire. Du point de vue spatial, G. Damas ne place pas son roman en Belgique, mais plutôt en France. On retrouve pas mal de régionalismes, des formes d’argots mais ce ne sont pas des belgicismes. Elle utilise souvent des termes comme « fada », « mirettes », « ciboulot » ou « caboche ». Elle a choisi d’utiliser ces mots-là parce qu’elle avait envie de mettre en scène une langue revisitée par le prisme de François pour lequel la seule langue au départ est la langue parlée.

La fin du roman est une fin ouverte, un nouveau début. Nous avons de nouveau l’influence de l’implicite au théâtre. G. Damas ne veut pas achever son histoire, elle ne veut pas fermer son œuvre. Elle veut que le personnage puisse encore vivre dans l’imaginaire du lecteur et que la fin ouvre à des possibilités infinies.

3. L’évolution du personnage de François

G. Damas nous confie : « Au théâtre, c’est souvent les péripéties du destin qui forment la personnalité des personnages ». Ainsi, elle met en lien la quête identitaire de son personnage avec l’œuvre intitulée Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello.

Au début, François vit dans une absence de vérité, à l’écart du savoir. Il manque de confiance par rapport au monde qui l’entoure. La vie et son désir d’apprendre vont faire de telle sorte qu’il va se réveiller. Il se rend compte qu’il a vécu dans un brouillard et que la vérité était devant ses yeux pendant tout ce temps. On assiste à une véritable prise en main de son propre destin par le langage. Avec persévérance, il veut arriver à son but : « Je n’ai pas peur. J’ai fini d’être un crétin »[9].

La réplique de Roger résonne comme un écho à travers toute l’œuvre : « Tu es l’ami des mots à présent. Il ne faut plus avoir peur »[10].En effet, pour G. Damas, les mots sont un moyen de communication et d’intégration, ainsi qu’un moyen d’éviter la violence ». Les mots sont un véritable médiateur et permettent de se défendre. Si l’on a pas ces « armes », on se retrouve largué. Pour elle, « la culture peut permettre l’harmonie de vivre ensemble ».

Conclusion

En guise de conclusion, nous pouvons dire que notre interview avec Geneviève Damas le 14 avril 2012 nous a permis de davantage comprendre son œuvre et y poser un autre regard, même si ce n’était pas la première fois que nous l’avions rencontrée. C’est ainsi que nous avions pu approfondir quelques thématiques de son écriture.

Suite à ce travail, nous pouvons également observer que l’œuvre de G. Damas met en scène des personnages de la vie réelle, en ajoutant une touche de poésie à leurs bouleversements et arrive ainsi à illustrer les valeurs humaines universelles, malgré sa simplicité apparente. Si G. Damas ne semble décrire qu’un aspect ou une thématique précise de la vie courante, elle arrive en fait à rendre compte de sa totalité. Ses intrigues et ses personnages renvoient sans cesse à une remise en question de ce qui est important dans la vie et nous rappelle que la vérité que l’on cherche se retrouve, ironiquement, souvent sous nos yeux.

Jacques de Decker, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique a manifesté son admiration face au roman Si tu passes la rivière : « Elle reste fidèle à la forme du monologue, qui lui sied si bien, mais se met dans la peau d’un jeune berger un peu simplet. Le ton est juste, l’émotion tout le temps à fleur de phrase, la générosité de cœur permanente ». La dernière phrase de cette citation pourrait sans doute être appliquée à toute l’œuvre de G. Damas qui est, à défaut de pouvoir trouver d’autres mots, l’œuvre d’une « générosité de cœur permanente », d’une authenticité qui ne cesse de nous émouvoir.

Bibliographie

Lectures

Damas Geneviève, Molly à vélo, Carnières-Morlanwelz, Lansman, 2004.
Damas Geneviève, Molly au château, Carnières-Morlanwelz, Lansman, 2006.
Damas Geneviève, La fée au cerf-volant, version téléchargeable en ligne sur le site officiel, 2003.
Damas Geneviève, Si tu passes la rivière, Avin, Éditions Luce Wilquin, 2011.
Damas Geneviève, STIB, Carnières-Morlanwelz, Lansman, 2009.

Sources en ligne
Bellefroid Thierry, Interview avec Geneviève Damas, dans le cadre de l’émission « Livrés à domicile », le 16 janvier 2012, page consultée le 21 avril 2012
Dumont Aurore, Interview avec Geneviève Damas aux librairies Filigranes, le 10 janvier 2012, page consultée le 21 avril 2012.
Lê Thanh Emmanuelle, Interview avec Geneviève Damas, réalisée le 14 juillet 2009, page consultée le 15 avril 2012.
Nizet Adrienne, Le prix Rossel consacre Geneviève Damas, page consultée le 21 avril 2012.
Site officiel de Geneviève Damas
Site officiel de la compagnie Albertine
Autres
Interview personnelle avec Geneviève Damas, le 14 avril 2012.
Correspondance avec Geneviève Damas (questions supplémentaires), le 12 mai 2012.

[1] http://dialogues-theatre.blogspot.com/2010/05/mardi-25-mai-2010-18h.html
[2] Damas Geneviève, La fée au cerf-volant, version en ligne, 2003, p. 20.
[3] Damas Geneviève, La fée au cerf-volant, version en ligne, 2003, p. 3.
[4] Damas Geneviève, Molly à vélo, Carnières-Morlanwelz, Lansman, 2004, p. 35.
[5] Damas Geneviève, Molly à vélo, Carnières-Morlanwelz, Lansman, 2004, p. 9.
[6] Op. cit.
[7] Ibid., p. 46.
[8] Damas Geneviève, Si tu passes la rivière, Avin, Éditions Luce Wilquin, 2011, p. 12.
[9] Damas Geneviève, Si tu passes la rivière, Avin, Éditions Luce Wilquin, 2011, p. 55.
[10] Ibid., p. 90.

Geneviève Damas: Introduction
Rencontre avec Geneviève Damas
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