Littérature belge : Le Burlador, de Suzanne Lilar

Suzanne Lilar (1901-1992) est une dramaturge, romancière et essayiste belge du 20e siècle qui s’est investie dans plusieurs domaines. Étant la première femme à plaider au barreau d’Anvers, elle a notamment servi de modèle aux femmes voulant exercer la profession d’avocate. Plus tard, elle deviendra une figure pionnière importante en littérature. Sa carrière littéraire sera propulsée par sa pièce Le Burlador (d’abord intitulée L’Ange du Démon), publiée et représentée en 1946. C’est la première représentation théâtrale du personnage de Don Juan par une femme, en français. Le début de sa carrière littéraire s’inscrit dans le contexte d’une époque qui voulait retourner à une tradition et forger des mythes.

Le but de cette présentation est de démontrer la spécificité et la modernité de cette pièce Le Burlador, qui constitue un tournant décisif dans l’évolution du mythe de Don Juan. Nous allons voir comment Lilar a présenté cette figure mythique, quelles thématiques sont abordées et quel message elle a voulu faire passer dans son œuvre qui serait classée parmi les meilleures tentatives de création d’une tragédie moderne. Je vais tenter à la fois de montrer que la pièce s’inscrit dans la tradition et qu’elle la change en profondeur.

Résumé de l’intrigue

Le premier acte débute à Naples, au Palais du Roi, où Don Juan (neveu de l’ambassadeur de l’Espagne), profitant de l’obscurité de la nuit a prétendu être le fiancé de la duchesse Isabelle et l’a séduit. L’harmonie de leur entretien est interrompue par Don Juan qui dévoile sa véritable identité. Isabelle veut se venger mais apprenant que la punition de Don Juan serait la mort, elle accuse son fiancé Octavio. Après avoir apaisé le Roi, puis Octavio, elle revoit Don Juan, lui avoue son amour naissant et lui promet de le suivre à Séville.

Au deuxième acte, l’action se passe à l’Alcazar de Séville. Deux femmes, Doña Francesca et Mariana font l’éloge des conquêtes de Don Juan en regardant par la fenêtre son jeu avec d’autres femmes. L’entrée du séducteur et de Mercédès met fin à leur conversation et présente Don Juan en action. Il ne peut s’empêcher de séduire Mercédès. Puis, Isabelle arrive et annonce le plan du Roi de marier Don Juan avec Ana d’Ulloa, la fille du commandeur. Octavio, qui a suivi Isabelle jusqu’à Séville, vient exprimer ses regrets à la duchesse. Isabelle décide alors, malgré sa jalousie, de permettre à Don Juan de rencontrer Ana, lancer la rumeur d’un mariage entre eux et ainsi apaiser la colère d’Octavio. La rencontre entre le burlador et Ana aboutit à une promesse de rendez-vous et de séduction.

À l’acte trois, on se trouve toujours à Séville, après quelques mois. Isabelle reçoit Don Juan puis Ana vient réclamer son fiancé mais elle doit confronter Isabelle avant de le prévenir d’un danger qu’il court : le Roi a été prévenu de l’assassinat du Commandeur par Don Juan. Quoique rivales, Isabelle et Ana se mettent d’accord pour sauver leur amant mais celui-ci refuse. Il décide d’affronter la mort qu’on lui impose. Avant cela, il revoit Isabelle et lui réaffirme son amour. À la fin, on s’imagine qu’Isabelle va retourner à Naples (comme Don Juan lui a demandé) mais elle pourrait bien suivre Don Juan (dernière réplique « Nous partons demain »).

Le concept lilarien du couple et de l’amour : le néo-platonisme

Pour comprendre l’amour entre Don Juan et Isabelle, il faut expliquer le concept lilarien du couple et de l’amour. Chez Lilar, les personnages d’un couple se reflètent l’un dans l’autre, l’un est la moitié de l’autre. Ceci nous renvoie à l’équilibre et l’unité mythique de l’androgyne, « la complémentarité du Masculin et du Féminin ».[1] Les deux entités du couple se reconnaissent l’un dans l’autre et redécouvrent un passé perdu et une harmonie unique. Lilar explique que « Le mythe de l’Androgyne est aussi celui du Paradis perdu ».[2] C’est pour cela qu’on parle de la reconnaissance de l’âme sœur.

Le domaine d’expertise de Lilar est évidemment l’amour. À travers ses œuvres, elle va réhabiliter l’amour charnel, en lui donnant une dimension sacrée. En vivant cet amour charnel, Isabelle va découvrir non seulement l’orgueil de la connaissance de soi-même, mais aussi le divin, le sacré. Pour Lilar, une solution moderne de se défendre contre l’échec amoureux du 20e siècle serait la libération spirituelle de la conscience féminine.

Dualisme apollinien-dionysien

Chez les protagonistes de Lilar, il y a une lutte intérieure, un dualisme apollinien-dionysien. Le personnage apollinien d’Isabelle uni avec le personnage dionysien de Don Juan va aider Isabelle à prendre position contre sa condition d’être soumis. Le désir primaire dionysien des femmes devient une connaissance apollinienne libératrice. Lilar soulève la question de la liberté, non seulement celle de Don Juan mais surtout celles des femmes. Cette question inscrit la pièce dans la direction moderne de l’engagement existentialiste.

L’existentialisme

Suzanne Lilar s’inscrit donc dans la tradition mais elle se tourne également vers la modernité, et surtout vers la pensée existentialiste de son époque. En effet, Le Burlador passe du mythe classique à la réflexion moderne sur deux questions existentielles primordiales : la liberté et le choix des personnages face à la condition humaine.

La seule solution de Don Juan face au temps et à l’absurdité de la vie est la mort. Il choisit la mort donc il faut preuve de liberté. De plus, c’est par la mort que sa légende va continuer à vivre. Isabelle aussi a fait des choix difficiles : elle s’est abandonnée à l’amour érotique (pas forcément lié à celui conjugal) et elle a renoncé à l’orgueil et à la jalousie. Mais c’est grâce à Don Juan qu’elle s’est libérée donc le burlador n’est pas coupable !

L’oeuvre

Suzanne Lilar s’inscrit dans le courant néo-classique de son époque. Elle ne veut pas rompre avec les valeurs traditionnelles et ne veut pas se lancer dans un nouveau style d’écriture. Le Burlador constitue une mise à jour du mythe de Don Juan, mais c’est aussi une tentative d’engagement et d’illustration des problèmes (préoccupations) modernes.

Certains auteurs du 20e siècle (comme Ghelderode ou Montherlant) ont démystifié et ridiculisé la figure de Don Juan. Mais, Lilar se distingue de ces auteurs, et surtout des auteurs féminins, parce qu’elle s’est consacrée à la réhabilitation de ce séducteur. Elle nous présente un point de vue indulgent sur Don Juan et rompt ainsi avec la tradition misogyne du sujet, qui présentait le burlador comme un profiteur déshonorant les femmes et les traitant comme des objets. Ce n’est pas pour autant que son œuvre est une revanche féminine contre la tradition misogyne. Nous allons voir que Lilar met l’accent sur le triomphe de l’amour (thématique qui lui est très chère).

Les influences et les innovations

Suzanne Lilar n’a pas voulu faire du Burlador une pièce historique. Son Don Juan n’est pas lié à une époque spécifique, donc c’est une œuvre intemporelle. Lilar n’a pas choisi de moderniser à tout prix le sujet, elle garde certains éléments traditionnels mais les remanie à sa façon et donne une nouvelle direction au mythe.

La pièce doit beaucoup au modèle espagnol de Tirso de Molina, mais Lilar va vite s’affranchir et oser sa première vision de l’amour sorcier, révélateur du fond de l’être. Elle transpose sa haute idée de la femme, de l’amour et du couple exigeant. Chez Lilar, il n’y a pas la même portée morale que les Don Juan précédents. Elle met en scène un Don Juan qui lutte contre ses faiblesses, caractérisé par une fragilité et une sincérité nouvelles, ce qui le rend plus humain, plus crédible et acceptable aux yeux des femmes. Il déteste sa légende de « simple séducteur » : ce n’est plus un révolté de la société : il devient une proie, un homme incompris, hermétique par rapport aux autres hommes.

Don Juan a aussi été renouvelé par les romantiques, dont le but est l’amour ou l’accès à l’idéal. Lilar s’inspire de cette vision romantique : son héros est à la recherche d’un idéal. Mais, elle va plus loin que cette vision romantique du mythe : elle amalgame l’influence romantique et les traits du séducteur de Tirso, ce qui l’inscrit dans la complexité du monde moderne.

Chez Ghelderode, Don Juan a perdu sa splendeur traditionnelle. C’est un personnage carnavalesque, vaincu et ridiculisé. Il incarne l’homme du 20e siècle : un homme qui ne maîtrise plus rien. Lilar s’oppose à cette démystification de Don Juan. Elle retourne aux sources du mythe et rend au personnage sa noblesse et sa dignité, « tout en le confrontant au problème de la quête amoureuse ».

L’originalité du Burlador est à chercher dans la thématique et dans les personnages et non dans la forme, l’intrigue ou le style. Lilar veut nous transmettre un message moderne : l’éveil de la femme à la connaissance mais aussi « à la même inquiétude et à la même insatisfaction que celles de Don Juan »[3]. La femme dérobe au séducteur son rôle de chercheur d’idéal et l’amour occupera ainsi une place plus importante que Don Juan même.

Pour accomplir cette modernisation, Lilar a abandonné quelques éléments traditionnels du mythe. Le valet n’est pas présent mais cette omission est importante : ceci permet de mieux se concentrer sur Don Juan et réfléchir sur sa situation grave. La statue du Commandeur est absente mais le Commandeur est présent indirectement : son assassinat est la cause officielle de la punition finale de Don Juan. L’absence du fantastique rend la pièce plus réaliste. On n’a plus la punition divine de Don Juan car la punition vient presque de lui-même. Son châtiment est la conséquence d’un malentendu et de la jalousie des hommes.

Ensuite, elle a subverti les grands topoi du mythe :

  • La morale et la religion : Lilar ne se concentre pas sur les vices de Don Juan et le châtiment n’occupe qu’une place réduite (alors que primordial dans les versions classiques). Elle s’intéresse à ses choix, son rapport avec les femmes et surtout son rôle de catalyseur de la découverte de soi et de Dieu. Il apporte une double connaissance du bien et du mal. Ainsi, il participe à la libération des femmes (préoccupations féminines de son temps). Lilar n’excuse pas son personnage (pas une apologie de Don Juan) mais elle le place sous un autre angle, qui le culpabilise moins que la tradition. Elle montre que Don Juan est capable d’aimer (il aime sincèrement Isabelle). Chez Lilar, la religion n’est qu’un simple artifice pour donner un aspect traditionnel à son œuvre. L’amour (thème central) triomphe sur la religion.
  • Le mariage : ici, l’offre de mariage ne fait plus partie de l’arsenal du burlador. Il ne fait plus de fausses promesses, il fait preuve de sincérité. Isabelle refuse le mariage car elle est consciente que cette union officielle ne garantit pas la durée de l’amour. Ainsi, elle fait preuve de liberté et d’indépendance (caractéristiques de la femme moderne).

Les personnages lilariens représentent l’opposition mythique de l’apollinien (lois sociales) et du dionysien (désirs individuels). Ceci exemplifie la dichotomie entre le mariage et l’amour-passion, qui serait au cœur de la crise moderne du couple. Lilar tente de réconcilier le couple, par une approche néo-platonicienne. Elle opère une analyse subtile des personnages et de leurs sentiments. Lilar tourne le sujet de la pièce vers l’amour (ses plaisirs et ses difficultés).

  • La durée : la vitesse de la conquête chez Don Juan est impressionante. Elle simule en fait la rapidité de la vie moderne. Don Juan fait preuve d’absence de mémoire, de souvenirs. Il est capable de vivre et de sentir uniquement dans le présent donc il incarne l’homme moderne.
  • La mort : l’aspect le plus moderne est le choix existentialiste de la liberté par la mort. Ce qui sépare Don Juan de la fidélité est sa vocation du séducteur. Afin, de se libérer de cette vocation qui le pèse, il choisit la mort. La philosophie existentialiste se manifeste à l’insatisfaction du protagoniste et par la prise de conscience des femmes.
  • Les femmes : nous avons vu que le groupe féminin est une invariante du mythe. Dans les récits traditionnels, elles sont présentées comme étant les victimes et elles n’occupent qu’une place minimale, Mais ici, on leur accorde la parole : le portrait de Don Juan est peint par les femmes et chacune présente un point de vue différent. De plus, les femmes chez Lilar se distinguent de la tradition par leur attitude indulgente et consentante envers le séducteur et par le fait que chaque femme avoue son intérêt pour l’amour érotique. Ce sont donc des femmes modernes.

Toutes les générations sont représentées : Doña Francesca, la plus âgée, est la voix de la sagesse. Isabelle lui inspire confiance, amour et repos. Mercédès et Mariana sont jeunes et préoccupées par le mariage (la possession officielle) et confondent le mariage avec l’amour. Ana désire Don Juan par caprice. La motivation des femmes à poursuivre Don Juan varie selon les personnages mais une chose est certaine : on observe une évolution vers la libération (émancipation) féminine. Un personnage féminin aura plus d’importance que d’autres : Isabelle.

La duchesse Isabelle

On s’imagine que la pièce soit axée sur Don Juan, mais ce n’est pas le cas. Si Don Juan est central, c’est un prétexte à l’analyse de la confrontation des femmes au séducteur. La protagoniste est la duchesse Isabelle, qui se distingue des autres personnages. C’est une femme vertueuse, séduite par Don Juan qui deviendra peu à peu son équivalent féminin. Ce n’est pas une femme faible, comme on pourrait le croire, elle ne succombe pas aux charmes de Don Juan parce qu’elle est faible ou manipulée. Elle incarne la femme moderne, forte, respectée, indépendante, maîtresse de son propre destin, capable de voir au-delà des apparences et d’assumer ses sentiments et sa souffrance.

Isabelle est le personnage central à la question de l’amour et de la fidélité de Don Juan. On s’intéresse à la femme qui peut lui inspirer le désir d’être fidèle. Non seulement elle est omniprésente à travers toute la pièce, mais elle influence aussi Don Juan. C’est une protagoniste incontestable. Son indépendance de caratère est presque masculine, ce qui la met à égalité avec le séducteur. Isabelle recherche une relation qui lui laisserait un maximun de liberté. Le désir de liberté d’Isabelle rencontre ainsi le désir d’indépendance de Don Juan (protéger la liberté de sa personne en ne pas s’attachant à une seule femme) et de dépassersa ”vocation” fatale de séducteur. L’union d’Isabelle avec Don Juan est un peu paradoxale, mais au fond, on voit bien qu’ils se complètent (cf. concept lilarien de l’amour)

Le rôle salvateur est attribué à Isabelle. Elle aurait pu dénoncer Don Juan pour avoir caché sa véritable identité lors de la séduction, mais elle a choisi de le sauver. Au fond, elle a un certain pouvoir de vie ou de mort sur lui, ce qui montre que ce n’est pas une victime.

Isabelle devient dès lors un modèle pour les femmes. Pour Suzanne Lilar, elle est son « archétype de l’amour féminin ». Elle ne veut pas rendre Isabelle supérieure à Don Juan ou à tout autre homme, elle cherche à en faire l’égale du burlador, sa moitié, son équivalent féminin. En fait, Isabelle a remplacé le valet, le double du burlador.

Ana d’Ulloa

Ana, la fille du Commandeur est une métaphore de la condition féminine. Elle représente la femme soumise à l’homme depuis des siècles. La fonction d’Ana est de contraster la femme subjuguée, formée par la religion et l’Église à la femme libre (Isabelle qui représente la tradition profane, désapprouvée par les lois morales et religieuses).

Paradoxe de Lilar

On retrouve un paradoxe chez Lilar : elle est à la fois féministe et détournée du féminisme. Elle est traditionnelle mais très moderne. Elle n’adopte pas une position radicalement féministe, elle ne considère pas les hommes comme des ennemis. Elle veut réconcilier le couple homme-femme déchiré par la guerre féministe.

« Féministe, dans la mesure où je me suis avisée de l’injure et de l’injustice immenses faites à la femme par la politique et la morale traditionnelles du mariage, je m’écarte de la position féministe en ce que je persiste à croire à l’existence d’un éternel féminin, qui déborde la physiologie […] ce qui n’empêche pas la femme d’être un personne au même titre que l’homme, égale en dignité. Si l’on pouvait concevoir une inégalité de droits ou de traitements à partir de cette différence, elle jouerait plutôt en faveur de la femme, éternelle Initiatrice de l’homme. » (Suzanne LILAR)

Suzanne Lilar n’expose des revendications en faveur des femmes, mais illustre leur libération spirituelle et s’efforce de respecter la diversité des contraires.

Conclusion

Suzanne Lilar opère donc un retour aux sources du mythe de Don Juan. Elle opte pour la tradition, en s’opposant à la fureur de démystification de son époque, qui s’acharne sur toutes les valeurs et qui cherche à dépouiller les choses de leur mystère. Ce retour aux sources est trompeur parce qu’elle fait preuve de modernité : elle met la femme au devant de la scène, en accordant un rôle primordial à Don Juan : celui de sauver la femme de la prison créée par l’Église et par la société  (en gros, l’émancipation de la femme). Elle arrive à garder la grandeur du mythe, sans le démystifier ou le tourner en dérision.

Le Burlador n’est pas une œuvre féministe à proprement parler, mais elle ouvre la voie aux revendications féminines des années d’après-guerre.

Bibliographie

Comsa Maria Teodora, « Le burlador de Suzanne Lilar : mythe et tragédie féminine » (2008). Master’s Theses, San Jose State University, Paper 3491. (http://scholarworks.sjsu.edu/etd_theses/3491)

Ghelderode Michel de, Don Juan, Bruxelles, Labor, 1999 (Espace Nord).

Lilar Suzanne, Le Couple, Paris, Grasset, 1991 (Les Cahiers Rouges).

Lilar Suzanne, Théâtre, Bruxelles, Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises, 1999 (Poésie Théâtre Roman), p. 485.

Molière, Dom Juan, Paris, Garnier-Flammarion, 1998.

Rank Otto, Don Juan et le double, Paris, Payot, 1973.

[1]Lilar Suzanne, Le Couple, Paris, Grasset, 1991 (Les Cahiers Rouges), p. 156.

[2] Idem., p. 189.

[3] Comsa Maria Teodora, « Le burlador de Suzanne Lilar : mythe et tragédie féminine » (2008), p. 19.

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